Me suis levée ce matin en attrapant mon téléphone pour lire les nouvelles (on va tous crever, mais avant on sera tous pauvres). Avant, c'était un truc habituel, quotidien, bien ancré. Puis un jour, j'ai compris que je lisais un tas de caca quotidiennement qui conditionnait toute ma journée. Donc, j'avais pris l'initiative saine de lire toutes les deux semaines en diagonale. Bon, évidemment, je me suis pris dans la gueule la dernière trouvaille de Trump : l'Opération Epic Fury. Au début, je rigole. Genre, je rigole tellement c'est con. Ensuite, je me dis qu'y a des gens en costard hyper sérieux, hyper bien payés et bourrés d'assurance en eux-mêmes pour se dire : "ouais, c'est bien Epic Fury, on dirait un Marvel". Tandis que, de mon côté, ça fait juste genre titre de film branchouille sur des nanas quarantenaires en pleine crise existentielle qui sèment le chaos dans leur quotidien. Ou le titre d'un blog, hein, le mien par exemple. Ça aurait fait un bon titre de blog. Sauf que pour ce naze orange, c'est le sommet de la coolitude pour faire chier des gens, détruire des gens, tuer des gens. Encore. Du coup, je suis dans mon lit avec mon téléphone dans la main, je regarde le plafond et ça me prend... je chiale.
Normalement, je sais bien gérer l'actu. Ça veut pas dire que je m'en fous ou que je rigole. Non, je sais gérer, tirer un volet, coller un post-it dans ma tête avec une petite synthèse qui dit en substance : "situation merdique, connard en action, douleur persistante pour gens qui morflent, solution en carton tarde à venir". Mais, parfois, comme ce matin et plus traditionnellement avec Dodo, je chiale.
Je chiale et je le hais. C'est pas une détestation simple. C'est un bon gros dégoût, un truc laid, fatigué, plombé de désespoir et de haine. Je hais ce type viscéralement. Et croyez-moi, il m'en faut vraiment beaucoup pour haïr quelqu'un et lui souhaiter de la merde, car je souhaite rarement de la merde aux gens que je n'apprécie pas. Mais lui... putain, rien à faire, j'ai beau savoir que ça ne changerait pas fondamentalement les choses ni que ce serait le mieux, bah mon cerveau concocte 1000 scénarios cons : de la bronchite qui vire en pneumonie bien dégueulasse qui le cloue au fond de son lit jusqu'à une bande secrète de justiciers avec des maladies en phase terminale, drogués jusqu'aux oreilles, qui se disent qu'ils vont faire un petit ménage de printemps avant de tirer leur révérence. Histoire de rendre la place plus propre, que l'air sente un peu l'eau de Javel à la lavande, tu vois.
J'écris ça en faisant l'andouille, sauf que je connais mes larmes. Durant le Covid, j'avais beau nier les infos, aller faire mes petites courses avec mon gel hydroalcoolique et mon foutu masque en humant l'air du printemps (et mon haleine mentholée grâce aux chewing-gums), profitant du calme ; je revenais parfois chez moi toute contente, je finissais de ranger mes courses dans le frigo puis, une fois mon cul posé, ça me prenait d'un coup : larmes.
Avec Donald Orange, c'est pareil. Ce type est un pur bully. Un vrai. Celui que tu rêves, à l'école, de balancer dans une benne à ordures et de pisser sur son sac à dos. De cracher sur son plateau de bouffe. Lui foutre des claques sur la nuque dès qu'il a le dos tourné. Le bully que, s'il va pas bien, y a zéro carte postale de prompt rétablissement qui arrive entre ses mains. Le vrai boloss de toute l'école... que, quand il est pas là, t'as l'impression de vivre ta meilleure fête à Ibiza alors que tu planches sur de la trigonométrie qui te donne normalement envie de gerber. Le bully qui, même quand il dit un mot normal, sa voix t'agace directement. Le branque, le vrai putain de branque. Le médaillé de la tête à claques sur le podium des relous.
Du coup, mon réflexe, c'est de regarder des photos de Barack et Michelle pour me consoler, mais finalement, c'est encore pire. Ça me rappelle juste avec quel crétin on doit se coltiner un mandat de merde qui donne l'impression de durer des plombes. Et putain, ça va être LONG.
13h39 et j'ai toujours rien avalé. Le lave-vaisselle vient de finir son cycle, je vais aller ranger le bordel. Je sais pas encore ce que je vais bouffer... j'oscille entre de la malbouffe feel good (s'entend par là : gras, sucré, régressif as fuck) ou alors le healthy un peu chiant mais qui devrait remettre de l'ordre en interne. Bouffer ça devant la télé en regardant une grosse grosse grosse merde comme Sharknado ou bah justement, j'en sais rien. Ou alors un bon gros Tarantino. C'est bien ça, Quentin. Ça pourrait aider. Ou Fargo parce que la relation entre Margie et Norm me calme les nerfs directement... c'est ce truc avec les peintures de canards, faire des œufs à ta chérie enceinte qui se lève tôt le matin et de bouffer côte à côte sur la même banquette au resto parce que les gens s'aiment d'un amour simple et véritable.
Donald devrait se lancer dans la production de peintures de canards.
