Je me suis dit que j’allais torcher une note à la gloire de mon poulet bien assaisonné et de la purée de patate douce que je me suis préparée afin de sauver mon âme et mon moral. Ça m’arrive quand je me sens comme une gosse balancée dans une machine à laver et quand je sens trop qu’on m’emmerde, qu’on essaye de me la faire à l’envers comme un branleur ou, pire, qu’on me vampirise comme un fucké en se pensant subtil. Ce qui, évidemment, est rarement le cas.
J’ai jamais compris pourquoi les gens se sentaient à ce point à l’aise pour me faire des coups de pute. Cela dit, je subodore que c’est lié à une sorte de gentillesse qu’on sent en moi ou à mon côté enfantin funny (ou je leur rappelle trop Zézette dans Le Père Noël est une ordure, j’en sais rien) et, dès lors, ils s’imaginent qu’ils peuvent se comporter comme si j’étais un établissement en open bar. Alors qu’en fait, j’ai grandi dans un truc qui ressemble plus à un resto clandestin tenu par des ex-taulards en liberté conditionnelle avec un sérieux problème de sécurité.
Ça me rappelle mon ex-voisin qui se prenait pour le roi de la street en écoutant PNL à fond (un bon indicateur de lose, ce qui aurait été nettement moins probable et m’aurait induite en erreur si ça avait été un bon son du Wu-Tang). Alors que le gaillard, bah, il me faisait juste penser à Pinkman dans Breaking Bad, avec une grosse toux de tox, des poumons en PLS et une mauvaise stratégie de marché, pendant que je sentais grandir la Walter White en moi, voulant juste lui laisser de l’Actifed avec une sucette sur son palier et revoir avec lui son mode de livraisons, car il n’avait manifestement aucun skill en logistique, ce pignouf ! Je me suis consolée quand sa BMW flambant neuve a eu la même allure qu’une Twingo à la casse depuis 2002 en l’espace de six mois sous ma fenêtre. Grandiose !
Pareil pour ce mec qui me bouffait des pans entiers de paragraphes tranquillou pilou, ou qui se sentait assez en veine pour s’approprier des morceaux de ma vie dans ses livres alors que ce n’était qu’un gros incel de mes deux, drapé dans son costume d’écrivain maudit incompris raté, à qui j’avais eu le malheur de partager mes écrits (il m’avait dit aimer les Smiths, je me suis faite avoir comme une bleue). Il me disait que c’était de l’art, quand c’était juste du lard rance qu’il tentait de faire passer pour du crispy bacon en émulant à la grosse louche ce que j’aurais pu écrire, sauf que ça avait juste la gueule de ce que j’aurais écrit mais avec ma main gauche. Donc à rien.
En gros, fake Michel Houellebecq n’avait toujours pas capté que bouffer des dictionnaires et des bibliothèques ne lui offrirait jamais la lumière tant espérée s’il ne plongeait jamais dans son propre univers, sa propre chair, son propre style, sa propre histoire et sa propre crasse pour donner du corps. Le sien, pardi ! Marcher obstinément à côté de soi-même n’aide pas vraiment l’écrivain en devenir, selon moi. Mais vu que j’ai aucune vocation en ce sens, peut-être que je me trompe, mais je crois pas.
Bref, le mec tentait trop de se la jouer Seth Brundle avec ses télépodes à la con sans coder le goût de la chair dans sa bécane. Il a lu tout Céline, mais il n’a jamais regardé le film La Mouche, et ça se voit. (Grave erreur, bonhomme !)
Parfois, j’ai des réactions en adéquation avec le nul de la vie, et je pleure mes yeux à la manière des fontaines du Bellagio. Cela étant dit, toutes ces crevures m’ayant trop poussée dans les orties se sont heurtées à un easter egg chez moi : ce moment où je ferme ma gueule, que je continue d’avoir l’air con-niaise-Sailor Moon sous exta, mais que je compile religieusement tout le merdier comme un agent de la DEA traquant sans relâche Pablo Escobar, avec une patience angélique, jusqu’au moment opportun de leur servir leur propre merde dans une assiette bien froide. (Vengeance sauce Adele et son Rolling in the Deep. SPOILER : ça a marché !)
Qu’en fait, outre ma gentillesse, ma naïveté relative et ma facette rigolote, c’est surtout les gens qui ont une âme qui pue et qui pensent que je sens rien comme si j’avais le covid.
You got it all wrong, big boy !
Bon, tout ça pour dire que je voulais torcher une note sur mon poulet et ma purée de patate douce. C’était vachement bon !
Gordon Ramsay serait fier de moi, de cette note, de ce poulet, de cet esprit anti-connerie et du chapelet d’insultes psalmodié tout le long de cette note.

